La part des vagues

Errance en transe

Avec quelques mots je t’ai caché vive clarté,
de ma langue une pincée de vérité est prononcée,
dans mes profondeurs le reste s’est réfugié.

Ambiance sombre évanouit dans l’atmosphère ivre de ma réalité,
Vie absurde, futur sourd, destinée du flou mêle à l’infusion d’incertitude,
tous ensemble vers l’avant, le passé loin d’être ici et loin d’être oublié,

Les houles emporteront le temps, les mers m’emporteront,
peu importe la destinée, vive clarté tu t’es caché,
le goût du futur est composé, le passé est loin d’être ici,

La musique s’est enfouie, dans le sable elle s’est enterrée,
et le son de nos sentiments qui saignent nous assourdit.

Cavalier* deviendra « prince des rêves », ou sombrera dans son futur exilé ?
Est-il vrai que la distance sépare ? Est-ce « May et Gibran » une réalité ?

Nadir Haddadou, Fragments d’errances

« Vous me dites que vous avez peur de l’amour ; pourquoi cela, ma tendre amie ? Avez-vous peur de la lumière du soleil ? […] Avez-vous peur du jour naissant ? Avez-vous peur du retour du printemps ? […] N’ayez pas peur de l’amour, amie de mon cœur. Nous devrons nous soumettre à lui malgré ce qu’il peut nous apporter de souffrance, de désolation, de nostalgie, de perplexité et de confusion. »

Extrait d’une lettre de Khalil Gibran à May Ziadah,
Khalil Gibran, Lettres d’amour, Les Éditions La Part commune

Le jus des assassins

La cueillette des grenades est la plus bénéfique.

La fabrication d’armes permet aux voleurs du Verger un bon capital.

En explosant des grenades, la grenadine s’écoule,
Ce jus rouge nourrit la terre,
et les voleurs exploitent la Terre, et continuent à faire écouler la grenadine.
C’est un bizness qui rend heureux :
les affairistes pensent qu’en pressant des grenades, et en faisant de la grenadine, on évitera la famine.

***

Monde regrettable,
un immense malheur règne sur toi,
la vie est désespérée,
Le sang humain vernit ta terre,
Émanent de sa chair moisie des senteurs
aromatisant l’oxygène des bourgeois et des chefs d’États.

Nadir HADDADOU, Fragments d’errances

« Aujourd’hui, mon ami, tu vois plus loin que le bout de ton nez, plus loin que la vitrine des magasins où tu n’es pas entré, plus loin […] »
Malek Haddad, « à mon ami le poète algérien », Le Malheur en danger

La part des vagues

Errance en transe

Avec quelques mots je t’ai caché vive clarté,
de ma langue une pincée de vérité est prononcée,
dans mes profondeurs le reste s’est réfugié.

Ambiance sombre évanouit dans l’atmosphère ivre de ma réalité,
Vie absurde, futur sourd, destinée du flou mêle à l’infusion d’incertitude,
tous ensemble vers l’avant, le passé loin d’être ici et loin d’être oublié,

Les houles emporteront le temps, les mers m’emporteront,
peu importe la destinée, vive clarté tu t’es caché,
le goût du futur est composé, le passé est loin d’être ici,

La musique s’est enfouie, dans le sable elle s’est enterrée,
et le son de nos sentiments qui saignent nous assourdit.

Cavalier* deviendra « prince des rêves », ou sombrera dans son futur exilé ?
Est-il vrai que la distance sépare ? Est-ce « May et Gibran » une réalité ?

Nadir Haddadou, Fragments d’errances

« Vous me dites que vous avez peur de l’amour ; pourquoi cela, ma tendre amie ? Avez-vous peur de la lumière du soleil ? […] Avez-vous peur du jour naissant ? Avez-vous peur du retour du printemps ? […] N’ayez pas peur de l’amour, amie de mon cœur. Nous devrons nous soumettre à lui malgré ce qu’il peut nous apporter de souffrance, de désolation, de nostalgie, de perplexité et de confusion. »

Extrait d’une lettre de Khalil Gibran à May Ziadah,
Khalil Gibran, Lettres d’amour, Les Éditions La Part commune

L’affolement de l’essence

Le poète :
Je ne suis pas et je n’existe pas,
pourtant mes poumons travaillent bien.
La lumière pénètre mes yeux : je la vois,
et l’ambition abrite encore en moi.

qui suis-je si on me dénomme « mort », or je respire, je marche, je mange, je dors,
et j’entends même quand on m’appelle « le mort »,

Ont-ils tort ?

Ou suis-je concurremment vivant et mort ?

***
On a retrouvé la vie même dans une nature morte.
Elle a dit qu’elle soufflera toujours des bougies,
avec son mouvement figé, elle chantera en nous
la joie du passé et la scission du mort de son vivant.
***

Ô mon âme! respire comme un endroit sans pénible sensations, sans pollutions,
dis-toi que cette dichotomie n’est point capitale,
après dis-toi que c’est un mensonge tels qu’un poète sans versification, sans prose, et sans mots,
Et commence les interrogations.

L’âme :
J’existe ? si oui :
vais-je mourir un jour ?
Suis-je aussi un support tout en état âme ?
Ou peut-être, sans raison, je vague enter les deux.

Le poète :
Qu’est-ce la vie ? Qu’est-ce la mort ? Et qu’est-ce l’existence ?
Le mort est-il vivant aussi ? Le vivant n’est-il pas mort ?

Qu’est-ce qui détermine la vie ?

Mes illusions désillusionnent ma mémoire éperdue,
je divague de ne pas connaître la réalité,
je me dis qu’un être pourra vivre cent vies sans vie,
mort, il existera dans plusieurs vies,
il habitera plusieurs personnes,
ceux qui héritent sa philosophie.

Je m’en fous de mourir et d’exister.
J’emmerde la vie.

Nadir Haddadou, Fragments d’errances

Histoire de calcules

Un et un font je ne sais combien,
car je ne calcule pas,
je suis souvent comme cela,
et je trouve que c’est bien.

Deux plus deux, ce n’est rien pour moi,
je n’ai jamais essayé de compter ces chiffres-là,
pour moi ça ne sert à rien, en plus je ne m’y connais pas,
je suis de formation littéraire et je ne compte pas.

Les calcules sont pour les gens fous qui aiment l’argent,
les calcules c’est pour votre commerce et vous,
les calcules font de misérables gens dépendants du pognon,
les calcules sont comme vous, des cercles et rotations perdus.

Et moi, dans le vide je cours et je chante avec les mots,
même sans roues, j’ai deux pieds bien tendus qui marchent lentement,
j’essaye de souffler pour aider le vent à m’emporter au pays de l’image,
j’aime visiter les lieux, et connaître les personnes à l’aide des mots.
Je souffre, ma souffrance vient des calcules,

elle provient de l’anarchique gestion
murmurant des versets en échardes,
pirouettant le mal des pendules, et la captivité de la rime.

Nadir Haddadou, Fragements d’errances

« Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d’un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l’essentiel. Elles ne vous disent jamais : « Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu’il préfère ? Est-ce qu’il collectionne les papillons ? » Elles vous demandent : « Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ? » Alors seulement elles croient le connaître. »

Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince

Première soirée de Arthure Rimbaud – Lu par Nadir Haddadou

Troisième lecture de la série : Lectures imparfaites

Poème : Première soirée de Arthure Rimbaud

Lecture : Nadir Haddadou

Musique : Circus Marcus

Texte :

 

Première soirée

– Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins.

– Je regardai, couleur de cire,
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, – mouche au rosier.

– Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal.

Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent :  » Veux-tu finir !  »
– La première audace permise,
Le rire feignait de punir !

– Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
– Elle jeta sa tête mièvre
En arrière :  » Oh ! c’est encor mieux !…

Monsieur, j’ai deux mots à te dire…  »
– Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien…

– Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Arthure Rimbaud